Date de sortie : 23 mars 2016

Acteurs principaux : le mec de « Bref », la meuf de « Camille redouble » et la fille de Julie Depardieu dans « Les yeux jaunes des crocodiles »

Ma réplique préférée : « Qui ne s’est jamais recouché un jeudi matin n’a pas vécu »

 

Ce film, c’est l’histoire de Vincent Machot. Il a la trentaine, il est coiffeur et il a un chat. Il habite un appartement dans le même immeuble que sa mère, interprétée par Anémone. Leur relation parait étouffante et quand elle lui reproche sur un ton passif-agressif d’avoir oublié les citrons pour leur déjeuner du dimanche, docile, il enfourche son vélo à la recherche d’une épicerie ouverte. Il finit par en trouver une. Il entre, regarde les conserves quand l’épicière, Rosalie, s’approche pour lui proposer son aide. Il se tourne vers elle et son regard se trouble, non pas comme s’il tombait amoureux. Il a l’air complètement bouleversé et se drape dans un mutisme qui en devient presque gênant. Difficile pour lui de reprendre alors le cours normal de sa vie méthodique tant il est obsédé par ce visage qui lui semble familier. Il enclenche alors le mode creepy et passe son temps libre à la suivre.

Je m’arrêterai là pour le pitch parce que ce film est plein de petits rebondissements et je n’ai pas envie de le spoiler. Tout ce que je peux dire c’est que « Rosalie Blum » est une vraie perle. Il est de ces films qui ne paient pas de mine au premier abord et dont on n’a plus envie qu’ils finissent une fois commencés. Le réalisateur, Julien Rappeneau, qui signe ici son premier long, nous emmène dans un univers où le quotidien devient poésie et, en tant que membre actif de la team bienveillance dans la vie, je me lève et j’applaudis. L’intrigue est si dense et si bien écrite qu’assise dans la salle obscure de mon cinéma de quartier, j’avais l’impression de me délecter d’un très bon roman. En réalité, ce film est l’adaptation d’une BD en trois tomes de Camille Jourdy. Je ne sais pas comment s’articule la version papier, mais il y a un réel travail dans la construction du scénario qui prend le spectateur pour ce qu’il est : une personne intelligente. Rien n’est jamais mâché. Certaines subtilités permettent de comprendre l’histoire au fur et à mesure qu’elle avance, en étant suffisamment claires qu’il est impossible de passer à côté.

Pour l’un de ses premiers rôles principaux au cinéma, Kyan Khojandi offre une performance aussi riche en nuances que le vent dans le Pocahontas de Disney (si ça ne te parle pas, cherche « L’air du vent » sur Internet et, pour citer Grand-Mère feuillage, « tu comprendraaaaaas »). Personnellement, il m’a fait passer par tous les stades : au début du film j’ai surtout bloqué sur le fait que c’est le sosie parfait de mon frère, puis en le voyant évolué, je l’ai trouvé attendrissant, un peu mou du genou, puis très flippant, pathétique, touchant, courageux, drôle, sympathique, … Bref, c’est rare qu’un personnage ait autant de visages différents et Kyan dépeint tout ça avec beaucoup de maîtrise et à la fois une grande simplicité, ce qui ne le rend que plus sincère.

Les deux femmes avec qui il partage l’écran : Noémie Lvovsky dans le rôle de Rosalie Blum et Alice Isaaz dans celui d’Aude, sont tout aussi époustouflantes. Noémie réussit le tour de force d’en dire autant par ses silences que par ses mots. Elle a une élégance et un charisme tels qu’elle captive et que l’on se retrouve aussi chamboulé que Vincent en sa présence. Alice Isaaz, quant à elle, est un véritable volcan dans un petit bout de femme, mais elle n’en fait jamais trop. Elle laisse deviner ses émotions à travers ses grands yeux et se distingue par son jeu d’une grande générosité en ce qu’elle donne vie à son personnage avec beaucoup d’authenticité, tout en mettant en valeur ceux évoluant autour d’elle.

Je conseille ce film un soir de semaine ou un jeudi matin au lit. « Rosalie Blum » fait rire et pleurer mais surtout sourire : à consommer sans modération !

 

Je n’ai pas le physique d’une Jessica Rabbit, la vivacité d’esprit d’une Jessica Fletcher et encore moins la force d’une Jessica Jones. Je dirais plutôt avoir l’appétit d’une Liz Lemon, l’indépendance d’une Elizabeth Bennet et l’optimisme d’une Kimmy Schmidt.
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